TunisieAmnesty International a accusé les autorités tunisiennes de mener une politique systématique basée sur l’exclusion et la discrimination à l’égard des réfugiés et des demandeurs d’asile, appelant à la fin de ce qu’elle a qualifié de politiques « racistes et xénophobes », à la réouverture des procédures d’asile, à l’arrêt des expulsions massives et des retours forcés, ainsi qu’à la levée des restrictions imposées aux organisations de la société civile qui apportent un soutien aux migrants et aux réfugiés.
L’organisation a déclaré, dans un rapport publié aujourd’hui, que les réfugiés et les demandeurs d’asile en Tunisie, en particulier ceux originaires des pays d’Afrique subsaharienne, sont confrontés à des violations généralisées depuis 2023, notamment des arrestations arbitraires, des détentions prolongées, des expulsions massives et des mauvais traitements, à la lumière de l’escalade du discours officiel incitant à l’encontre des migrants.
Elle a expliqué que la crise s’est aggravée en juin 2024 après que le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés a suspendu l’enregistrement des demandes d’asile et la détermination du statut de réfugié, sur la base de la décision des autorités tunisiennes, ce qui a laissé des milliers de personnes sans aucun mécanisme juridique pour obtenir une protection internationale et les a rendues plus vulnérables aux violations.
L’organisation estime que cette décision intervient dans le cadre de la coopération entre la Tunisie et l’Union européenne sur la question de l’immigration, estimant que les politiques d’externalisation du contrôle de l’immigration contribuent à aggraver les souffrances des réfugiés en échange de la réduction des flux d’immigration vers l’Europe.
Lors de la préparation du rapport, Amnesty International a mené des entretiens avec 25 réfugiés et demandeurs d’asile de plusieurs pays, dont le Soudan, l’Afghanistan, la Sierra Leone, le Cameroun, la Guinée, la Libye et l’Algérie, où ils ont documenté leur exposition à une série de violations pendant leur séjour en Tunisie.
Le rapport fait état de cas de détention de réfugiés alors que certains d’entre eux possédaient des documents officiels délivrés par le HCR, ainsi que de détention de femmes et d’enfants dans des centres d’hébergement qui, selon l’organisation, se sont transformés en lieux de détention administrative à durée indéterminée, sans que les détenus puissent contester la légalité de leur détention.
L’organisation a également documenté des expulsions massives vers les frontières libyennes et algériennes qui ont touché des dizaines de réfugiés, dont des enfants, confirmant que certains des déportés ont ensuite été détenus par des groupes armés qui ont exigé que leurs familles paient des rançons en échange de leur libération.
Le rapport faisait référence à des témoignages sur leur exposition à la torture et à des mauvais traitements, notamment des passages à tabac, des décharges électriques, des fouilles humiliantes et des violences sexuelles, lors des opérations d’arrestation et d’expulsion.
L’organisation a souligné que l’escalade du discours politique anti-immigration, depuis les déclarations du président Kais Saied en février 2023, a contribué à la propagation de la violence et de la discrimination à l’encontre des réfugiés, et a conduit à une détérioration de leurs conditions de vie, nombre d’entre eux perdant leurs sources de revenus, de logement et de services de base.
Le rapport confirme que de nombreux propriétaires immobiliers et employeurs ont commencé à éviter de traiter avec des migrants irréguliers par crainte de poursuites judiciaires, ce qui a poussé un grand nombre de réfugiés à se retrouver sans abri ou à vivre dans des logements inappropriés, tandis que certaines femmes, selon les témoignages fournis dans le rapport, ont été forcées de recourir à des relations sexuelles en échange d’argent pour subvenir aux besoins de leur famille.
Amnesty International considère que ces conditions ont incité certains réfugiés à rentrer dans leur pays malgré les risques, dans ce qu’elle a qualifié de « retour forcé indirect », en raison de l’absence de toute option sûre ou légale pour rester ou partir.
En conclusion de son rapport, l’organisation a appelé les autorités tunisiennes à respecter leurs obligations internationales liées à la protection des réfugiés, à réactiver les procédures d’asile, à mettre fin aux politiques de détention et d’expulsion massive, et à garantir que les réfugiés et demandeurs d’asile aient accès à la protection et aux services de base sans aucune discrimination.
Source :“Ma presse”
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